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jeudi 1 décembre 2011

A propos du "pacte 2012 pour la justice"

En réponse à ceux qui m'ont fait parvenir cette pétition, un excellent article de ma camarade La Louve :

Une amie (non avocate ni magistrate, ni cadre sup’, ni adhérente au FN, je le précise, c’est important) me fait passer il y a quelques jours le texte d’une pétition intitulée "Pacte 2012 pour la justice " et rédigée en ces termes :
  • "Attendu que les victimes ont moins de droits que leur agresseur à toutes les étapes de la procédure judiciaire ;
  • Attendu que la sanction est aléatoire et négociable pour le délinquant alors qu’elle est automatique pour l’automobiliste ;
  • Attendu que 80 000 peines de prison ferme ne sont pas exécutées faute de place, et que les condamnés purgent rarement plus de la moitié de leur peine ;
  • Attendu que des criminels objectivement dangereux sont remis en liberté sans surveillance ;
  • Attendu qu’une partie du monde judiciaire est déconnectée des préoccupations du peuple français alors qu’il juge en son nom ;"
A la lecture de ce texte, les bras m’en sont littéralement tombés.
Surtout lorsque je constatais que cette pétition avait déjà été signée par plus d’un million quatre cent mille personnes à ce jour, si j’en crois le site web de l’initiative !
Son caractère outrancier, excessif, voire, carrément mensonger (les victimes ont "moins de droits" que les agresseurs ? comment donc ? la sanction est "négociable et aléatoire" pour le délinquant ?), sans compter les contre-vérités qui, bien qu’affirmées et répétées, n’en deviennent pas vraies pour autant, qui tendent à stigmatiser les magistrats, ces nouveaux boucs-émissaires (parmi d’autres) de l’ensemble d’un système (magistrats qui, c’est bien connu, condamnent des innocents et relâchent des coupables défendus par des salauds d’avocats alors que la gentille police nationale a fait elle ses meilleurs efforts pour rechercher et attraper les vilains coupables), sinon l’ensemble de ce qui est présenté ici comme un "monde judiciaire" (dont, personnellement, je serais bien en peine de dire ce qu’il recouvre et jusqu’où il va ou sur quoi ce qualificatif ensembliste est fondé...) décrit comme "déconnecté du peuple français (sic)"...donc, "à côté du peuple français" (on notera au passage que le "peuple non-français" n’est pas concerné...suivez mon regard).
Bref, pour le dire clairement, le texte dans son ensemble sent mauvais son idéologie d’extrême-droite.
D’abord parce qu’il prétend embrasser la cause des victimes en se faisant apôtre d’une "sévérité" prétendument absente du cadre actuel (ça, c’est l’argument "facile" et bien connu, évidemment sous-tendu ici : les gens "de gauche" seraient laxistes et injustes, irresponsables, les gens "de droite" seraient sévères et justes, et responsables).
Notons au passage que c’est toujours plus pratique, plus noble, plus beau, et plus facile d’embrasser la cause des "victimes" que celle des "coupables"...Il est beau et fort, le "Chevalier blanc" !
Ah, que le monde serait merveilleux s’il n’y avait plus tous ces "coupables" en liberté, n’est ce pas ma bonne dame ?
Mettant à l’œuvre une pensée totalitarisante, réductrice, ce texte simplifie à l’extrême, en l’isolant comme un "corps autonome" un sujet très important, propice à susciter l’émotion (surtout de nos jours que les mass-médias ont embouché quasi quotidiennement les trompettes du fait divers érigé en information nationale, d’Agnès, au petit garçon tué dans une machine à laver...) mais qui ne peut malheureusement pas être réglé comme cela est prétendu, en 4 coups de cuiller à pot.
Parce qu’il présente sous un jour tellement simpliste un sujet qui comporte évidemment plusieurs volets, un sujet qui demanderait justement que soient ouvertes plusieurs pistes de réflexion, ce texte n’est pas une "simple réflexion", c’est un acte de propagande délibéré pour un Etat-policier, et disons-le franchement, pour un fascisme qui ne veut pas dire son nom.
(Derrière ce texte, par exemple, des personnes qui disent que l’on manque de prisons en France ! A quand la proposition du rétablissement de la peine de mort ? A ce rythme, ça ne devrait pas tarder...).
Ce texte est propulsé par une association appelée "Institut pour la Justice", fondée par un ex-policier, père d’un jeune homme malheureusement décédé suite à une agression.
Je ne reviens pas sur cette histoire, Maître Eolas le fait mieux que moi de façon critique et relativement objective ici et il est conseillé de lire son papier. (http://www.maitre-eolas.fr/post/2011/11/12/Attention-manip-%3A-le-pacte-2012-de-l-Institut-pour-la-Justice)
La liste des soutiens de cette pétition est révélatrice et absolument édifiante.
On y trouve par exemple Maître GOLDNADEL (que les défenseurs de la Palestine connaissent bien) ou le Président de l’association "Police/Victimes" (association qu’on ne présente plus...).
Là encore, le fond idéologique apparaît rapidement, "cousu de fil blanc".
Et pendant ce temps, nous, communistes, socialistes, face à cette contre-offensive idéologique de moins en moins souterraine, que faisons-nous ?
Et bien c’est simple, malheureusement. Nous ne faisons rien, nous ne disons rien.
Pire, quand certains d’entre nous "font", c’est pour courir derrière ce type d’association et reprendre à "notre" compte les arguments et questionnements développés par ce genre d"officine !
PAS UN parti ou groupe, de la gauche ou de l’extrême-gauche n’a encore jugé opportun de se saisir de cette question brûlante qu’est "la Justice et l’Etat" et d’en faire une cause importante, "nationale" comme on dit.
Tropisme économiste ? Ouvriérisme mal refoulé ? Conception de l’Etat et de ses appareils complètement à côté de la plaque ? Un peu tout ça ?
Nous nous concentrons exclusivement sur "les questions économiques" (et la plupart du temps de façon purement électoraliste et sans remise en question du cadre institutionnel donné par la bourgeoisie...).
L’euro. La dette. Le salaire...
Loin de moi l’idée de dire que tout ceci n’est pas important, évidemment non !
Nous participons tous à cette bataille pour que la lutte des classes se déroule et se renforce là où elle doit d’abord se dérouler, c’est à dire d’abord sur le lieu d’exploitation, sur le lieu d’affrontement direct du capital vs le travail. Il ne s’agit donc pas pour moi de prôner sur ces sujets un quelconque renoncement (je serais plutôt pour une offensive d’ampleur, mais c’est un autre sujet...).
Mais voilà.
La lutte contre le capitalisme, et contre son état d’exacerbation qu’est le fascisme, c’est AUSSI une lutte idéologique, qui passe, qu’on le déplore ou pas, par ce sujet du "Droit" ,de la "Justice", largement entendu.
La Justice est à la fois un appareil et un véhicule idéologique.
Et après on nous expliquera "à gauche" qu’en 2007 "on a perdu la bataille des idées" ? Parfait ! C’est VRAI. Sauf qu’on continue !
Depuis des mois, sinon depuis des années, je dis, sans relâche, que c’est aussi notre rôle à nous communistes d’aborder de front ces sujets. Je dis que c’est notre rôle de lutter contre l’Etat bourgeois (et pas seulement contre le Capital dans les rapports d’exploitation directs), et de taper sec sur les piliers qui le tiennent. Et que certains de ces piliers s’appellent Justice, Police, Contrôle.
Des mois, sinon des années, que j’en appelle à la création de "Comités locaux de protection et de défense des droits et des libertés".
Des mois que nombreux camarades auto-patentés "100% cocos" me traitent de gauchiste et m’expliquent doctement que j’ai rien compris et que ce ne sont pas des "sujets de lutte de classe" !
Que"ça n’intéresse pas les masses" !
Que "ça n’intéresse vraiment pas les prolos" !
Des mois qu’on me répond que ce sont des préoccupations petit-bourgeoises et que de toute façon, il faut "détruire le système" (oh mais que oui, c’est d’ailleurs ce que font les fascistes. Mais leur manière de le détruire est-elle la même que la nôtre ? J’ose espérer que non...).
Dommage (ce n’est rien de le dire), nous allons nous retrouver le bec dans l’eau et face à une montée, une incrustation des idées fascistes dans la société qu’on ne sera bientôt plus en état ni d’endiguer ni de combattre. Et nous en serons, comme de bien entendu, les premières victimes, nous, syndicalistes, militants, ouvriers de la cause révolutionnaire et progressiste !
Évidemment, la technique du fascisme pour s’approprier les idées de Justice afin de les tourner contre les exploités pour MIEUX SERVIR LE CAPITAL, est connue, c’est toujours la même.
On dénonce les victimes des méchants magistrats et avocats, et on oublie les victimes des violences et des abus policiers, que l’on va jusqu’à honorer.
On réintroduit dans les consciences l’idée que la Force doit primer sur le Droit. Et que la Force est légitime à partir du moment où elle est Légale. C’est comme cela qu’on en arrive à ne plus combattre. Parce que "c’est légal".
Une question au passage : le IIIème Reich avait légalisé la déportation, l’internement et l’élimination de ce qu’il considérait être "ses" criminels, "ses" parasites, "ses" anormaux, "ses" déviants. Cette légalisation rendait-elle pour autant tout cela acceptable et juste ?
On sait bien que ce que cherche le fascisme, derrière un soi-disant combat contre la délinquance et la criminalité de "droit commun", ce n’est pas une meilleure politique pénale, une meilleure justice, une meilleure "protection des victimes".
Le fascisme ne chercher qu’à établir la Force et l’Ordre comme mesure de tous actes d’un gouvernement fasciste.
Quoi de plus simple pour s’immiscer dans les consciences que d’emprunter la voie de la dénonciation du crime ou du délit de droit commun et de faire de chacun une victime potentielle ?
Mais voilà, si nous sommes potentiellement "tous victimes", qui sont les potentiellement "tous coupables" ? Comment va s’exercer la "prévention" qui ira avec cette façon de concevoir une société, la vie ?
Mais surtout. Avec ce gouvernement qui légitime la Force et l’Ordre, que fait le fascisme ?
Il protège mieux la veuve et l’orphelin ?
Que nenni !
(Certes, il faut dire que, "bizarrement", les statistiques des gouvernements fascistes en matière pénale, ça ne court pas les rues - surtout en période de guerre - , mais on peut vérifier quand même que ni la délinquance ni la criminalité ne régressent en dépit de "la Force et l’Ordre"...)
Nous pouvons d’ailleurs vérifier nous-mêmes, de nos jours, que l’État policier dans lequel nous sommes installés progressivement depuis les lois dites "PERBEN", état aggravé avec l’élection de l’ancien Ministre de l’Intérieur, M. Sarkozy, ne protège pas plus (voire, au contraire, développe les conditions sociales et économiques d’une flambée de délinquance et de criminalité...) qu’un autre, plus libéral !
Alors, que fait le fascisme de cette "cause de toutes les victimes", de cette manipulation idéologique de chacun contre tous, de ce délire paranoïaque collectivisé et de cette hystérie sécuritaire ?
Il s’en sert, pardi !
Il s’en sert pour légitimer la Force et l’Ordre à des occasions dont le caractère délictueux saute bien moins aux yeux que l’agression d’une petite fille ou le meurtre d’un bijoutier...
Oui, pendant ce temps, le fascisme permet SURTOUT une aggravation de l’exploitation des prolétaires. Il permet aussi la diversification des modes d’exploitation des prolétaires.
Il permet une répression accrue, permanente, constante et "légale" de "tout ce qui dépasse" et entraverait cette exploitation. Il permet de museler la libre expression des idées politiques. Il permet d’empêcher la constitution des associations et des syndicats. Il permet, le cas échéant, le rétablissement du travail forcé, également, c’est pratique. Il y a déjà des dizaines de milliers de prisonniers "de droit commun" dans ce pays qui y sont soumis et qui travaillent gratuitement pour le grand capital... )
Amis, camarades, le fascisme est à nos portes.
Il ne faut pas lui ouvrir.
Il faut le combattre.
Il faut impérativement dénoncer ce "Pacte pour la Justice", organiser la contre-propagande et armer d’urgence notre combat global sur ce sujet.

Elodie La Louve

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Je vous rejoins sur ce bel "institut" qui a mobilisé des fonds pour faire une jolie video bien poignante.
J'aurais pu être la proie idéale de ce genre de clic facile, parce que ma fillette est une victime et que la procédure judiciaire, en effet, est opaque, inaccessible au citoyen lambda, douloureuse,parfois torturante. Et qu'en effet, les lois qui existent ne sont pas forcément appliquées, à notre immense stupéfaction.
J'ai été touchée que mes amis m'envoient ce lien vers la vidéo, mais je préfère réfléchir plutôt que fonctionner en "pour ou contre".
Il m'a suffi de consulter le "dossier complet" pour relever les fausses affirmations, puis, tout simplement, de télécharger les statuts proposés en ligne et les confronter aux dépôts en préfecture de l'association : cela ne correspond pas! Ajoutons plus tard la lecture du cabinet Eolas, et voilou !
Ce qui me frappe, dans tout ça, c'est la facilité française à se revendiquer "cartésienne" et à réagir via l'émotion, la propension à fonctionner par jugement sans volonté de comprendre, d'apprendre. Ca, ça fait peur, très peur pour l'avenir d'une humanité qui utilise, paraît-il, 10% de son cerveau et va finir par raisonner autant qu'un navet dans une marmite.